FinFisher, un outil d'espionnage gouvernemental retrouvé dans 25 pays
Un nouveau groupe de serveurs liés à une discrète campagne d'espionnage à grande échelle a été découvert. Cette découverte jette un nouvel éclairage sur la dissémination de logiciels espions qui cibleraient des dissidents politiques de régimes autoritaires.
La découverte par le Citizen Lab de l'université de Toronto
Un centre de recherche canadien a affirmé mercredi 13 mars avoir identifié 25 pays hébergeant des serveurs lies à FinFisher, un cheval de troie informatique capable de déjouer les défenses anti-virus, cette liste ne comprend pas la France. FinFisher est programmé pour voler des données, cracker des mots de passe, espionner les conversations Skype, active les webcams et micro pour surveiller une pièce en permanence en toute discrétion.
Le Citizen Lab, situé à la Munk School of Global Affairs de l'Université de Toronto, a diffusé les noms des six nouveaux pays identifiés comme hébergeant le virus : le Canada, le Mexique, le Bangladesh, la Malaisie, la Serbie et le Vietnam. Ceci ne suffit pas pour dire que ces gouvernements de ces pays utilisent le programme FinFisher distribué par la compagnie britannique Gamma International, mais c'est une indication des cibles du logiciel espion.
Morgan Marquis-Boire, le dernier auteur du rapport, souhaite à travers cette étude "montrer la prolifération de ce type d'intrusion et de surveillance active." L'auteur dénonce une dérive dans le monde de la surveillance gouvernementale et presse la communauté internationale de s'en rendre compte. "Ce n'est plus de l'écoute téléphonique, affirme-t-il, c'est une fenêtre ouverte sur votre ordinateur pour enregistrer toutes vos conversations, qu'elles soient orales ou écrites."
Les enjeux internationaux
Advocacy group Privacy International dénonce une "brèche potentielle dans la réglementation britannique du marché international", le groupe pointe du doigt le rapport du Citizen Lab comme la preuve que Gamma a vendu FinFisher à des régimes politiques autoritaires. La société, située à Andover en Angleterre, a été sous le coup d'un examen approfondi suite à la découverte d'une de ses publicités dans un bâtiment du ministère égyptien de la sécurité intérieure après la chute du dictateur Hosni Moubarak en 2011. Des enquêteurs du groupe de presse Bloomberg News ont alors identifié les cibles de ce programme : des activistes de l'opposition à Hosni Moubarak qui se trouvaient dans Golfe Perse du Royaume de Bahrain.
La découverte des serveurs de FinFisher dans des pays dirigés par des gouvernements autoritaires - tels que le Turkmenistan et l'Ethiopie - a soulevé des questions quant aux pratiques de la compagnie. Mardi 12 mars, le groupe de défense des droits de la presse Reporters sans Frontières basé à Paris a classé Gamma comme une des cinq "compagnies ennemies d'internet".
L'étude du Citizen Lab a rapporté les preuves d'usages massifs par le gouvernement éthiopien en prenant l'exemple de la dissémination d'un email vérolé par FinFisher supposé contenir des photographies de personnalités de l'opposition éthiopienne. Une fois le cheval de troie téléchargé, il se connectait à un serveur hébergé par Ethio Telecom, le fournisseur national éthiopien de télécommunication. Les cibles du virus n'ont pas encore été identifiées, bien que la preuve a déjà été faite de son usage pour des incarcérations de personnalités des média et de figures de l'opposition.
Le journaliste Reyot Alemu a été arrêté en 2011 après qu'il ait été surpris en train de contribuer anonymement à un site internet de l'opposition basé aux Etats-Unis. Le chef de l'opposition, Andualem Arage, a quant à lui fait appel de sa condamnation à mort en 2012 pour avoir communiqué sur Skype avec un ennemi de l'état éthiopien, le professeur Berhanu Nega. Ces derniers reconnaissent peiner à lutter contre ce nouvel ennemi informatique sans pour autant être capable de détenir la preuve d'un piratage par le gouvernement.
Le gouvernement éthiopien nie tout lien avec FinFisher ou la société Gamma tandis que cette dernière renvoie les questions au développeur allemand de FinFisher, Martin Muench qui décrit son programme comme une arme contre le crime. "Je ne vois pas de mal à ce que la police fasse son travail, affirme-t-il, un logiciel n'a jamais tué personne."
Source:bulletins-electroniques
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